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Ray Ventura…Mémoires non éditées de Paul Misraki, archives familiales.

 1. les débuts (1930-1931)


C’est le succès des orchestres yankees et anglais en France (Paul Whiteman, Jack Hylton, Waring’s Pennsylvanians…) qui encouragea Raymond Ventura à adopter une formule équivalente, mais utilisant la langue française au lieu de l’anglais, à l’intention d’un public essentiellement francophone. Ce fut là son idée géniale, le début d’une merveilleuse aventure.

Ayant appris que j’étais maintenant capable d’orchestrer, Raymond m’a proposé d’entrer dans la troupe qu’il était en train de réunir : un grand ensemble appelé à devenir professionnel. A son petit jazz-band personnel, il avait ajouté d’autres musiciens, dont plusieurs étaient capables de faire des « numéros parodiques ».

Raymond m’a d’abord confié la tâche de composer une sorte de pot-pourri de vieilles chansons du patrimoine national : « Au clair de la lune », « J’ai du bon tabac », « Le pont d’Avignon », « Compagnons de la Marjolaine »…, le tout en formation jazz, à dominante cuivres, saxos et rythmes. C’était une façon de marquer dès le déaprt qu’il s’agissait d’un jazz français, termes que personne jusqu’alors n’avait songé à mettre ensemble.

C’est ainsi que j’ai commencé à travailler pour « Ray Ventura et ses Collégiens », en qualité de « second pianiste », la place de premier étant déjà attribuée à Robert Vaz.

Les répétitions avaient lieu, pour la plupart, au 55 rue de la Pompe (Paris 16e), mais aussi dans une salle de répétitions de la Musique des Gardiens de la Paix, prêtée par le Musée du Louvre.

Notre tout premier concert public eut lieu le 13 mars 1931 à la salle Gaveau, rue La Boétie. C’était un vendredi, et les artistes, très souvent superstitieux, n’avaient pas voulu se produire un vendredi 13 ; c’est pourquoi la place était libre à Gaveau, lieu habituellement très demandé. Ce fut notre jour de chance !

Nous avions nous-mêmes invité un public soigneusement sélectionné, afin de pouvoir tester les qualités et les défauts de notre programme. Le bilan fut franchement positif : nous sommes repartis avec un contrat signé par un imprésario prestigieux, M. de Valmalète, et la promesse d’un prochain engagement au music-hall de l’Empire, avenue de Wagram, ce qui équivalait à une consécration officielle.

Notre spectacle comportait des numéros d’une extrême variété. A côté de quelques concessions inévitables à la mode américaine, se glissait un extrait de « Véronique » d’André Messager (dont j’avais fait les arrangements), une pièce de Mozart exécutée par notre violoniste solo, Georges Effrosse, des rappels de chansons de l’époque 1900, qui avaient jadis ravi nos parents et que le public retrouvait avec plaisir sous une forme rénovée; nous faisions renaître, métamorphosées, des romances telles que Je sais… que vous êtes jolie, ou encore Reviens, veux-tu ?.

Enfin, il y avait aussi, et surtout, des parodies comme celle qui caricaturait les actualités cinématographiques, donnant lieu à des « gags » échevelés. Nous évoquions aussi de façon à la tourner en ridicule une partie de tennis, ou bien l’inauguration d’une statue. Il y eut par la suite l’imitation d’un spectacle de cirque, plus tard encore une innénarrable parodie d’opéra que j’avais fignolée en me basant sur mes souvenirs.

En fait nous nous amusions sur scène autant que notre public : une ambiance de joie communicative s’établissait et emplissait les salles. Dans la presse, la critique était plus que bienveillante, pour ne pas dire enthousiaste.